PORTRAIT USAGER - EMILIE

  • Publiée le 25/08/2026

    Emilie, habitante de Saint-Vérand est enseignante. Depuis quelques années, plusieurs fois par semaine, elle rejoint sa classe à vélo.

    Comment avez-vous commencé à pratiquer le vélo ?

    Le vélo je le pratiquais auparavant à Lyon, il était symbole d'autonomie lorsque j'étais enfant puis jeune-adulte. En arrivant sur le territoire j'avais peur de circuler à vélo, en l'absence d'aménagement appropriés. La première fois que j'ai pris le vélo, pour me rendre à la forêt de la Flachère, je suis arrivée en sueur et découragée. Pour le retour, j'ai tout de suite accepté la proposition de mon collègue de me remonter en voiture, le vélo chargé dans le coffre. Le vélo c'est aussi une question de pratique avant d'être très à l'aise en toute circonstance.

    Pendant le COVID j'ai pris l'habitude de me déplacer à vélo électrique ce que j'ai trouvé agréable du fait de la faible circulation. Puis j'ai tenté l'expérience de me rendre sur mon lieu de travail. Avec une autre collègue on s'est soutenues et encouragées à poursuivre. Mon employeur verse le forfait mobilité durable, sorte de prime qui vise à encourager la pratique des modes actifs pour se rendre au travail, ce qui m'a motivée à faire de plus en plus de trajets à vélo. Depuis j'ai pris l'habitude et c'est un de mes points de vigilance dans mes choix professionnels que de vérifier l'accessibilité à vélo de mon lieu de travail.

    Dans quel contexte utilisez-vous le vélo et à quelle régularité ?

    Initialement j'utilisais le vélo exclusivement pour des sorties loisirs, mais depuis 4 ans, j'utilise le vélo à raison de 3 fois par semaine pour me rendre au travail sur un trajet de 10km.

    Parfois je suis trop fatiguée, alors je me laisse la possibilité de prendre ma voiture, il ne faut pas s'imposer une contrainte trop forte au risque de se décourager.

    Je l'utilise aussi pour faire de petites courses au Bois d'Oingt, ou aux Ponts Tarrets (dans un rayon de 5 km maximum).

    Quels avantages trouvez-vous à utiliser le vélo pour faire certains de vos déplacements ?

    Je crois que je ressens une forme de fierté à montrer à mes élèves l'image d'une adulte à vélo qui en fait l'usage pour aller travailler et qui y trouve du plaisir. C'est plutôt rare dans les communes rurales et ça participe à créer un imaginaire différent et positif vis-à-vis du vélo comme solution du quotidien. Mon mode de déplacement participe à créer du lien tant avec les enfants qu'avec les parents d'élèves qui se soucient de savoir comment je me sens, si j'ai fait un bon trajet.

    Ce qui est important c'est d'avoir différentes sources de motivation, au risque de s'essouffler dans la durée. Si mon engagement à pratiquer le vélo ne reposait que sur le prix de l'essence alors j'aurai sans doute fini par me décourager… En réalité c'est d'y trouver plusieurs avantages qui m'a permis de garder le rythme dans le temps : limiter les passages à la pompe à essence, voir mon effort salué par une prime vélo, ma préoccupation de ne pas aggraver les émissions de GES, avoir une pratique sportive quotidienne, prendre l'air, etc. Rentrer à vélo après ma journée de travail me permet de créer un véritable sas de décompression, l'effort physique en plein air permet de mettre à distance les problématiques du quotidien et de se consacrer à la suite de la journée.

    L'important ce n'est pas de se blâmer mais de savoir s'écouter, lorsque je suis fatiguée par exemple, c'est ok de ne pas y aller à vélo. De ne pratiquer le vélo qu'une fois par semaine c'est déjà chouette.

    Quels conseils donneriez-vous à un proche, un voisin qui voudrait tenter l'expérience de faire ses déplacements à vélo ?

    Ici il faut être bien équipé : le vélo à assistance électrique permet de lisser le dénivelé, un rétroviseur d'avoir un œil sur le véhicule qui arrive derrière et l'écarteur de danger de signifier la distance minimale de dépassement. Une bonne sacoche à vélo et une bonne lumière sont indispensables.

    Le temps n'est pas tant une contrainte. En hiver, je porte une veste de ski, des gants et des chaussures imperméables et sur la neige on tient bien à vélo. Lorsqu'il pleut j'ai des vêtements imperméables et fluos et le reste de l'année j'embarque une deuxième tenue. Le seul frein c'est le vent !

    Avant de m'engager dans des parcours réguliers, j'essaye de tester un parcours type dans un cadre plus détendu, je prends mon temps, je repère mon chemin puisque les repères sont différents à vélo qu'en voiture et je me minute.

    Lorsque je le peux, j'emprunte un parcours alternatif aux grandes départementales, à condition que le dénivelé ne soit pas plus conséquent, le trajet aussi direct et les véhicules pas trop nombreux. Sur les petites routes souvent sinueuses il y a un manque de visibilité, des vitesses pratiquées élevées et une absence de marquage au sol qui incite les véhicules à se placer au milieu de la chaussée. Ce n'est donc bien souvent pas sécurisé, pourtant le cadre est plus agréable.

    Quelles ont été les difficultés rencontrées, les freins à votre pratique ?

    De changer de mode de déplacement demande de l'adaptation : contre 15 minutes en voiture, je mets 30 minutes à vélo. J'adapte aussi mon alimentation la veille pour avoir des forces. Et il m'est arrivé quelques fois de crever en raison du manque d'entretien des accotements. Mais en 3 ans de pratique je n'ai eu qu’un seul gros souci (une vis enfoncée dans le pneu), c'est un papa de l'école qui m'a prêté main forte. Il m'est même arrivé de devoir changer ma chambre à air à mon arrivée à l'école, je l'ai fait devant les enfants ce qui a créé de l'intérêt et de la curiosité chez eux.

    Je roule 20 km par jour, l'assistance électrique me permet vraiment de lisser mon parcours, en montée il me suffit de baisser mes vitesses et de prendre mon temps et il m'offre une fiabilité sur mon temps de parcours, peu importe mon niveau de forme. C'est aussi une question de pratique et de forme physique qui s'acquiert avec le temps, j'ai senti la différence au bout de 2 mois de pratique régulière.  

    En termes de sécurité, certains secteurs sont plus dangereux que d'autres. La plupart du temps les automobilistes sont respectueux, font un écart suffisant lors des dépassements, d'autres, plus rarement, roulent trop vite, ne font pas d'écart, s'insèrent sans vérifier la présence d'un cycliste … En tant que cyclistes nous sommes nécessairement plus vulnérables, notamment face aux véhicules lourds comme les camions ou les bus qui ne mesurent pas l'effet "bast" lorsqu'ils nous dépassent. Je crois que ces comportements ne sont pas nécessairement volontaires, il faudrait intégrer, notamment lors de l'apprentissage de la conduite des modules spécifiques sur la cohabitation avec les autres modes de déplacements ou des mises en situation.

    Je remarque que finalement sur des trajets domicile-travail, on croise souvent les mêmes personnes qui finissent par faire attention à nous, à anticiper, à adopter le bon comportement. Ca créé comme des liens implicites.

    Faites-vous l'usage d'un autre mode de déplacement ?

    Oui bien sûr, je ne réalise pas 100% de mes déplacements à vélo, loin de là ! J'utilise toujours la voiture pour les trajets plus longs (supérieurs à 10 km), pour faire des courses, ou emmener mes enfants. J'emprunte également le train, notamment pour rejoindre Lyon. Souvent je me rabats sur la gare à vélo et le laisse en sécurité dans un box individuel.

    Le fait de pratiquer le vélo régulièrement a-t-il eu un impact dans votre quotidien, votre rapport à vos proches ou à votre environnement ?

    D'avoir fait bouger les lignes des habitudes de déplacement ancrées sur nos territoires ruraux, cela donne à voir du spectre des possibles à mes enfants et me rend fière, c'est éducatif. Certains de mes amis aussi, me voyant pratiquer le vélo dans le cadre des déplacements professionnels se sont motivés à en faire plus souvent.

    J'ai également remarqué que de prendre la route tôt le matin, quelques soient les conditions, ça créé des liens et du respect avec les agriculteurs du village qui sont eux aussi au travail dans des conditions pas toujours simples. On se croise, se salue de la main, ça créé un lien informel.

    Je crois que de se déplacer à vélo, ça change la perception des choses, on crée un lien direct avec son environnement : croiser le chemin d'un chevreuil en pleine nuit dans la forêt, c'est surprenant et ça nous rappelle que nous ne sommes pas seuls.

    Qu'est-ce qui pourrait faciliter ou améliorer votre pratique du vélo ?

    S'il est important de créer des aménagements structurants qui assurent une continuité, j'ai bien conscience des coûts induits et il me semble que l'on pourrait aussi jouer sur la vitesse, les plans de circulation, réserver des voies aux cyclistes et piétons. Pour autant, sur les départementales, les bandes cyclables ne sont pas suffisantes en termes de sécurité même si elles donnent une première légitimité aux cyclistes d'y circuler.

    Je crois également qu'en termes d'affichage il est important de redonner de la place aux usagers du vélo, ne serait-ce que par des campagnes d'affichage qui rappellent les règles de dépassement en sécurité. C'est une façon de normaliser cette pratique et je sens d'ailleurs qu'il y a de plus en plus de pratiquants.

    Sur notre territoire je crois aussi beaucoup à l'interconnexion des différentes solutions de transport.